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Il nous arrive de parler de BD de temps en temps. J'ai décidé de vous faire la critique d'une série intitulée Les chroniques de Magon (deux tomes sortis aux éditions Delcourt) qui est écrite, dessinée et colorisée par de jeunes auteurs.
Scnénario: Nicolas Jarry
Dessins: Guillame Lapeyre
Couleurs: Elsa Brants
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Giss est un chasseur de Xieux. Ces créatures sont crées par l'IBC (intelligence bio-cybernétique) qui sert à transporter l'information et l'électricité. Lors d'une mission, Giss rentre en contact avec l'une de ces créatures qui lui demande de l'aide juste avant qu'Asmo, l'équipier de Giss) ne tue le xieu. Dès lors, les supérieurs de Giss vont tout mettre en oeuvre pour le tuer.
Vous retrouverez dans la suite mon avis sur cette série, les couvertures des 2 volumes parus, des planches du tome 2, des photos des auteurs ainsi qu'une interview de Guillaume Lapeyre et d'Elsa Brants faite lors de la Japan-Expo 2004. Je tiens à les remercier pour leur travail et leur amabilité (il suffit de lire l'interview pour comprendre l'ambiance qui régnait lors de notre discussion).
Ceux et celles qui désirent découvrir la BD et l'un des personnages principaux de la BD peuvent se rendre sur le site du fan-club d'Asmo.
Certains d'entre vous connaissent les Vance, Van Hamme (oui je suis fan de XIII) , Rosinski, Arleston. Les auteurs de Magon ne font pas parti de cette génération et ça se sent lors d'une interview.
Les auteurs arrivent à mélanger des genres (style coréen mélangé à la BD traditionnelle pour les dessins ou bien des références à des films américains de SF pour le scénario) dans lesquels ils ont baigné pour arriver à sortir quelque chose de très bon.
On est frappé avant même d'ouvrir le tome 1 (deux tomes sont disponibles aux éditions Delcourt) par la beauté de la couverture (qui représente la ville de Magon). Guillaume Lapeyre a dû se donner beaucoup de mal (il aurait presque pu faire des études d'architecte), ainsi qu'Elsa Brants qui a su donner une impression d'univers post-apocalyptique à la ville (on a même l'impression que les dessins ont été peints et non réalisés sur ordinateur. C'est bluffant et superbe...). Les personnages sont très agréables à voir (on sent l'influence de Hyung-Tae Kim - ccréateur de Magna Carta et de War of Genesis), ainsi que les créatures. Les femmes apprécieront tout particulièrement le personnage d'Asmo... Un fan-club a d'ailleurs été créé.
Le scénario peut sembler un peu mou lors du premier volume (ou parfois simpliste comme si tout tombait du ciel) mais je peux vous garantir que le second tome est très bon. On regrette quand même une chose dans le second tome: la fin !!!! Il faut malheureusement attendre pour avoir la suite (l'attente que certains ont eu pour Kill Bill n'est rien à côté).
Note dessin: 18/20
Note couleurs: 17/20
Note scénario: 15/20
Je vous propose maintenant de retrouver l'interview de ces jeunes (mais surtout talentueux) auteurs.
Pe: Comment en êtes-vous arrivés à la BD ?
Guillaume: C'est une très très longue histoire.
G: Moi j'ai fait de la BD depuis que je suis tout petit.
Elsa: Moi depuis que j'ai 12 ans.
Pe: De la BD ou des dessins ?
G & E: De la BD
G: C'était des histoires déjà avec des cases. J'ai arrêté sur les coups de 14/16 ans car je voulais faire de la musique avec des potes et je voulais dur comme fer devenir professionnel dans la musique mais ça n'a pas marché car un jour je suis allé dans une association de bande dessinée de notre ville (Sète, à côté de Montpellier). Dès que je suis rentré dans la salle commune pour l'association, elle était tellement formidable et extraordinaire que j'en suis tombé amoureux. C'est elle qui m'a arraché à la musique et on s'y est remis…
E: Comme si je t'avais poussé.
G: Pendant 4 à 5 années on a arpenté les festivals de la région avec nos books sur le bras.
E: On vivait de petits boulots. De temps en temps on travaillait, de temps en temps on était au chômage et on faisait des planches mais on travaillait sans arrêt. On se prenait des conseils, des critiques, on se prenait des claques…
G: Une bonne petite tarte et un jour à force de nous voir, et on a été invité à faire une petite histoire pour Lanfeust Mag. C'est là qu'on a rencontré Nicolas Jarry le scénariste et qu'on a lancé Les Chroniques de Magon.
Pe: Comment travaillez-vous ?
E: Assis ! (rires)
G: Assis, un stylo sur une feuille. (rires)
Nicolas m'envoie un découpage du scénario page par page, case par case, on fait un story-board, on discute, enfin pas beaucoup car je suis très… (rires de G & E) directif et si ça lui plaît pas c'est pareil (c'est une blague). On discute un petit peu pour voir si ça va et ensuite je fais ma page au crayon (pas d'encrage). On la scanne nous-même et Elsa met en couleur avec l'ordinateur.
C'est une dizaine d'heures par jour pour moi, plus pour elle
E: 15 heures pour moi par jour tous les jours.
Pe: C'est pas trop dur de travailler avec sa compagne ?
G: Naaaaaan (rires de E & G).
E: J'ai l'air si méchante ?
G: Ce qu'il faut savoir c'est que comme compagne elle est très très agréable et comme collègue elle est très agréable aussi. (rires).
E: Il ne dormira pas sur le canapé ce soir.
G: On a chacun son mot à dire sur le travail de l'autre. On est très ouvert.
E: On essaie d'être juste, d'écouter les points de vue des trois auteurs. On essaie d'avoir tous le même niveau de décision.
G: Ceci dit, on se prend bien la tête de temps en temps (E acquiesce) mais comme c'est bien pour l'album, on s'efface chacun, on laisse l'ego au vestiaire. On fait au mieux pour l'album.
E: On peut se planter mais au moins ce sera sincère. Sinon en-dehors du boulot, on ne fait que travailler, donc… (rires de E & G).
Pe: Pendant les temps libres, vous jouez aux jeux vidéos ?
G: Oui !!! C'est pour l'inspiration on dira. On joue beaucoup c'est vrai mais moins maintenant.
Pe: Comment définiriez-vous Les Chroniques de Magon ?
G: Nicolasssssss ?
E: C'est une bande dessinée de style anticipation; pas vraiment de la science-fiction c'est plus de l'anticipation. Le personnage principal est la ville.
G: Dans cette bande dessinée on essaie de créer un monde de A à Z avec le moteur de Nicolas qui a une grande imagination et qui a le soucis du détail et puis nous derrière, qui, techniquement, essayons de faire le lien entre la BD européenne (la narration européenne) et le style manga pour les personnages car ce sont des trucs qui nous ont beaucoup marqués. Je crois que ça se fait de plus en plus et on fait parti de ces auteurs-là qui aiment bien les deux.
E: On lit de tout donc forcément toutes nos influences se mélangent un peu.
G: Il y a beaucoup d'action car on fait de la bande dessinée de notre âge pour des gens de notre âge. Après plus jeune si ça intéresse, plus vieux tant mieux. C'est de la BD à spectacle.
Pe: Justement sur les dessins on sent une influence japonaise mais aussi coréenne.
G: Oui un petit peu. Pour moi, les grandes influences japonaises sont Akira (évidentes pour Les Chroniques de Magon). Il y a aussi Toriyama, tous les trucs qu'on lit (One Piece, Shaman King…) et pour les coréens, il y a le designer de War Of Genesis (NdPe: RPG édité par Softmax créé par Hyung-Tae Kim). Il est tellement formidable que j'ai oublié son nom. Tout ce qui m'attire l'œil on essaie de l'intégrer.
Pe: Vous préférez dessiner les hommes ou les femmes ?
G: Je préfère dessiner Asmo ! Les femmes c'est difficile à dessiner. C'est réputé pour être difficile et c'est très difficile.
E: Moi j'aime bien mettre en couleur les yeux.
Pe: Les scènes de nu sont-elles plus faciles à dessiner ?
G: Dans le premier quand Tagui es en string, j'ai bataillé avec les éditeurs et Nicolas mais j'ai cédé finalement. A l'origine la scène érotique entre Alice et Asmo dans le camion était plus hard dans le scénario de Nicolas, mais dans la mesure où je ne vois pas ce que ça vient faire, ça faisait du racoleur. J'ai essayé d'être le plus tendre possible.
E: Je pense que c'est plus fort quand c'est suggéré.
Pe: Au niveau du scénario, on remarque une certaine influence de films américains comme Matrix.
G: Peut-être.
E: Ah c'est la première fois ça! On nous en a fait beaucoup.
Pe: J'ai fait une comparaison entre l'IBC et la Matrice.
E: C'est rigolo car à chaque interview on nous dit "Tiens vous avez pris un peu de ça, un peu de ça" et puis "Ah oui…"
G: Pourquoi pas. Explique-nous ta comparaison.
Pe: On a le truc central qui est l'IBC qui relie les xieux.
G: Matrix, on prend (rires) c'est une très bonne série de films. Il faudrait poser la question à Nicolas.
E: Ce sont plus des influences anciennes. Il est plus roman. On recrache son scénario avec nos influences
Pe: Et vous au niveau des films américains, il y a une inspiration ?
G: Non, plus des jeux vidéos: Silent Hill, Resident Evil. Ce sont des ambiances bien plombantes. Je suis très grand amateur de cinéma fantastique, ça peut peut-être se ressentir de temps en temps mais après je ne peux pas dire là c'est ça.
E: C'est une sorte de gros mélange de tout ce qu'on a vu.
Pe: Au niveau des couleurs, il y a un nuage de poussière autour de la planète. Mais l'extérieur est très lumineux.
E: C'est pas forcément un nuage qui enlève complètement la lumière. Il transforme la lumière. C'est pour ça que la neige est rouge, que la glace est teintée. Ce n'est pas ça qui doit rendre l'extérieur sombre.
G: Les bulletins de Magon sont très chiants: "Demain il fera nuageux, comme d'habitude".
Pe: Vous vous concertez un peu sur le scénario avec Nicolas ou bien il décide tout ?
G: Oui il décide pratiquement tout. On discute de la ligne directrice du tome. Mes envies se limitent à un environnement "Ce serait bien de faire une scène" et il en tiendra peut-être compte dans les prochains tomes.
Pe: Et pour les caractères des personnages il décide aussi ?
E: Au départ il devait se contenter plus sur Giss et c'est un peu grâce à nous que Asmo est un peu développé. On lui a dit qu'on aimait bien ces deux personnages.
G: Pour les caractères des personnages, moi je les vois avec ce qu'ils disent, ce qu'ils font dans l'album. Nous on intervient sur des petits détails.
Pe: Pour les vampires, qui en a fait des aliens plutôt que des humains ?
G: C'est lui (NdPe: Nicolas Jarry) qui voulait des humanoïdes car comme il l'explique, à force de se reproduire entre eux, ils ont dégénéré. Je ne voulais pas du tout que ça ressemble à des vampires, c'est raté.
Pe: Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le tome 3 ?
E: Il sortira en mars 2005.
G: Il se passe plein de choses intéressantes.
E: Une sorte de mini-fin. Ca clôture un cycle.
G: C'est un mini-cycle de trois. Comme il y en aura six, c'est le milieu de la série. A partir du quatrième il y aura une sorte de coupure. Nicolas, dans le tome 3, va clore un certain nombre d'interrogations. On va enfin savoir ce qui est arrivé à Giss. A partir du quatrième, ce sera ce qu'il va devenir, que va-t-il faire de sa différence. On ne va pas en dire plus. Pour Asmo (rires), il est mal barré. Il va retrouver sa main mais il va être un peu différent (Elsa le regarde car il ne faut pas en dire trop…). Asmo risque d'être reprogrammé.
Pe: On pourrait avoir un conflit entre Asmo et Giss (Elsa regarde vers le ciel en chantonnant pour ne rien dire)?
G: Possible. C'est évident. Il faudra attendre le troisième tome.
Pe: C'est long !!!
G: Non. Septembre 2003 pour le premier, ensuite mai 2004 puis mars 2005 pour le troisième. Le quatrième tome sortira ensuite en octobre.
Je suis bien content. Ils ont accepté facilement qu'on fasse une slash page pour la dernière page de l'album et ça ait fait sont petit effet (rire démoniaque d'E). J'aime bien faire souffrir les gens.
Pe: Pouvez-vous nous parler un peu de vos futurs projets ?
G: Les Chroniques de Magon 3. Je devais faire une autre BD en même temps que Les Chroniques de Magon, mais comme les délais ont été raccourcis, j'ai remis cette série à plus tard avec la même équipe. C'est quelque chose de plus léger. Je ne veux pas que l'on me colle l'étiquette de dessinateur de SF.
E: C'est plus intéressant de changer de style, d'univers à développer.
G: L'autre série est de la fantasy généraliste. J'aimerais bien mettre ma petite pierre dans tout ce qui fait fantasy pour faire quelque chose de différent.
Pe: Même style de dessin ?
G: Non, différent.
Pe: Il y a des scénaristes avec lesquels vous aimeriez travailler ?
G: C'est la question piège (rires). Je ne sais pas; ça dépend de la rencontre, de si j'accroche avec le type. Ca dépend des goûts que l'on a en commun.
E: Il y a aussi la collaboration avec la personne. Il faut vraiment bien s'entendre pour faire du bon boulot.
G: Ce que j'aime bien avec Nicolas et avec d'autres gens que je connais qui sont mes amis et qui ne sont pas pros. Quand Nicolas m'explique quelque chose, c'est évident. On voit pratiquement de la même manière. Je n'ai jamais eu l'angoisse de la page blanche avec les scénarios. C'est le seul point qui me fera travailler avec un scénariste ou pas. Je souhaite travailler avec un scénariste qui m'amène vers quelque chose que je n'ai pas encore fait.
Pe: Comment voyez-vous le futur de la BD belge par rapport aux mangas ?
G: Il y aura toujours du public pour les deux.
E: Il risque d'y avoir des influences mais je n'en vois pas un disparaître.
G: Il y aura des BD hybrides entre le manga et la BD européenne. Ca risque de se développer de plus en plus. On aura peut-être un quatrième grand courant avec la BD, le manga et le comics et l'hybride. Un nouveau type avec des jeunes. J'aimerai que ça se développe. On s'inscrit là-dedans donc on veut que ce soit viable à long terme. C'est délicat d'être une passerelle entre les deux. A mon avis, les puristes des deux côtés on ne les satisfait pas.
Pe: Merci beaucoup à vous deux.
Si vous souhaitez discuter un peu avec les auteurs ou les encourager (surtout les encourager !), ils passent sur le forum du site BD Gest.
Elsa Brants (habillée spécialement pour la Japan Expo) et Guillaume Lapeyre

Guillaume Lapeyre, Nicolas Jarry et Elsa Brants