
Avis de Fabien Brajon:
Claude Lelouch présente en avant-première son nouveau film, tourné sous une fausse identité, Roman de gare pour lequel ildemande aux spectateurs, comme Clouzot en son temps pour les Diaboliques, de ne pas dévoiler la solution aux différentes intrigues. Le pitch lelouchien : "C'est l'histoire d'une auteur de best-seller en quête de personnages et d'un tueur en série qui vient de s'évader de la Santé. Leur rencontre avec Huguette, la coiffeuse midinette, va changer leur destin, fatalement".
Tourné en douce pour éviter la pression et les jugements préalables dont il estime être trop souvent la cible, ce Roman de gare de Claude Lelouch (palme d'or en 66 pour Un homme et une femme) convoque dans un curieux précipité cinématographique les ingrédients de genres aussi divers que le film noir, le thriller, la comédie romantique, le vaudeville. La première scène, dans un somptueux n&b, l'interrogatoire aux Quais des Orfèvres d'un personnage féminin mystérieux (Fanny Ardant) laisse augurer du mieux, un brillant thriller psychologique comme Garde à vue. Puis avec l'arrivée de nouveaux personnages comme celui d'Hugette, la coiffeuse hystérique et naïve, le film s'enlise dans la comédie de moeurs, ses hasards et coïncidences. Mis à part le personnage de Dominique Pinon, assez bien écrit et interprété, le récit aligne les personnages archétypaux (Ardant en femme fatale très inspirée de l'écrivain mante religieuse Catherine Tramell de Basic Instinct), les erreurs de casting (Audrey Dana, premier rôle féminin insupportable; le couple formé par Michèle Bernier et Zinedine Soualem, d'une grande indigence fictionnelle, ralentit le rythme déjà malmené par les scènes rurales romanti-comiques du duo Pinon/Dana), les twists artificiels. Manquent une atmosphère oppressante, un suspense diabolique autour de personnages solides comme ceux de Clouzot ou d'Hitchcock vers lesquels lorgne manifestement Lelouch. Dommage que le réalisateur ait cédé aux sirènes de la comédie romantique (quiproquos, retrouvailles...), un genre chéri par l'auteur qui fait difficilement le liant avec le thriller psychologique annoncé. La sauce ne prend pas; il est difficile de se laisser emporter par cette histoire de manipulation, de dissimulation et de destins croisés malgré toute la bonne volonté de Lelouch de renouveler son cinéma.
Jeudi 24 mai 2007 19h45 Salle du 60ème

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